Première partie de l'aventure BEL AMI
SAINTE-ANNE en Martinique, le 15 Janvier 2012
Chers tous,
Chaleur humide brutale et
implacable qui nous « casse » d’un seul coup au sortir de l’aéroport,
après des heures de voyage en « bétaillère » serrés comme des harengs
! Pas de doute, l’équipage de BEL AMI, est revenu à la case départ à la
Martinique, « madinina » pour les initiés, au port du MARIN, le bien
nommé, où il hiberne depuis 7 mois ! Apparemment, le bébé a bien supporté
son abandon dans les mains d’une nounou affectueuse : Xavier !
Il a veillé à tout et
fait tourner les moteurs, maîtrisé l’amarrage lors des tempêtes tropicales des
mois cycloniques, contrôlé les œuvres vives et effectué le carénage, si bien
qu’il ne nous reste plus qu’à le rhabiller pour la saison, en le regréant de
ses voiles, réparées et ajustées. Nous l’avons équipé d’une garde-robe de
toiles de protection du soleil et des grains, installées par Xavier, et
franchement, si la clim n’avait pas brusquement rendu l’âme, nous aurions pu
croire avoir fait un mauvais rêve l’an passé, lorsque nous l’avons retrouvé si
beau et si fringant, prêt pour l’aventure!!! En attendant de trouver l’homme de
l’art, le nouvel-an est arrivé et nous l’avons dignement célébré avec des amis
chez Annie et Jean-Marc RUTIN avec une débauche de langoustes
excellentes !
Pendant ce temps, nous attendons Tilikum des journées
entières pendant lesquelles il nous fait la danse du ventre : « j’arrive,
je viendrai plus tard, je suis débordé, etc…je viendrai à 9h », et
débarque à 18h pour annoncer d’un ton sentencieux qu’il « reviendra
demain, car là, franchement c’est trop tard pour faire un travail sérieux »… et personne
naturellement le lendemain ! On croit revivre « une année en Provence »
de Peter Doyle, dans le monde nautique !
Et, ne croyez pas qu’il s’agisse
d’un antillais réputé par nature, atteint de langueur tropicale !!! non,
c’est pire !!!il s’agit d’un « métro » (=métropolitain) au seuil
de la retraite, qui a joué les cigales « tout l’été » préférant vivre
sa vie en bateau, sans payer d’impôts ni de cotisations retraite et, à l’heure
de la vieillesse, redécouvrant son pays et sa « carte vitale », est
obligé de travailler « comme une fourmi » pendant qu’il a encore la
santé, mais …plus du tout l’envie pour le malheur de ses clients qui lui
courent après toute la journée. Il a au moins 70 ans, ne veut pas lâcher prise,
mais passe son temps à fuir le job. Cerise sur le gâteau, il s’est entendu avec
l’autre frigoriste (sans doute du même acabit) pour se « partager le
marché » (sic !), donc impossible de faire jouer la concurrence :ils
se renvoient la balle !
Bref, 10 jours d’attente, avec des diagnostics plus ou moins fantaisistes et, finalement, le changement du bloc clim venu de Hyères en chronopost à force de nnts, Edouard et moi, avons dû rester en permanence à ses côtés pour l’empêcher de partir sur un prétexte fallacieux, et obtenir que, de guerre lasse, il finisse le travail et fasse fonctionner l’engin ! Après 10 jours de chaleur humide au quai, entrecoupée de « grains » réguliers obligeant à fermer leous faire perdre du temps et, beaucoup d’argent pour rien. Conclusion, au Marin, il y a une place en or massif pour un frigoriste nautique sérieux ! Comme pour les enfants fainéas capots :on apprécie le modernisme !
En face de nous sur
notre ponton, un autre Amel
54 : »RUBY » s’apprête à s’élancer avec la course anglaise autour
du monde de l’ARC (world cruising) depuis STE LUCIE pour 2 ans de tour du monde
à 38 voiliers avec retour à STE LUCIE; ils partent à trois, dimanche et,
nous les aidons dans les derniers préparatifs. C’est un couple qui avait une
entreprise très connue dans la Truffe et, de terriens, ils se sont
métamorphosés en marins au long cours !première escale :les îles SAN
BLAS (dont nous gardons un souvenir ému des indiens KUNAS). Des sages qui
savent encore se tenir à l’écart de la vie moderne pour protéger leurs valeurs,
dont ils sentent d’instinct qu’elles ont une valeur inestimable. Avec la crise
que nous vivons dans le monde moderne, leur réaction prend pour nous une
résonnance particulière. Bon vent à RUBY qui nous a déjà donné des
nouvelles !
Nous sommes passés aux
préparatifs d’avitaillement de grande croisière à une adresse formidable
indiquée par notre amie Annie RUTIN, véritable « bible » vivante des
bonnes adresses, « la ferme Perrine » pour la viande bio, les légumes
et, les fruits, puis passage à « l’intercaves » pour un équipement
sérieux de bordeaux et rosés de provence (qui existent enfin, dans des crus de
qualité en « cubi » bien pratiques pour le rangement et la
conservation une fois ouverts).
Là-dessus, notre chère
Evelyne s’est annoncée et, nous sommes allés à l’aéroport l’accueillir
dignement ! Elle a débarqué au milieu d’un régiment de « beaux
bébés » téstostéroniques à souhait ! La relève du sous-marin nucléaire le
« TERRIBLE » !!! Tout l’état-major au grand complet en grand
uniforme blanc et barrettes impressionnantes !!!une arrivée exceptionnelle !
qui a relégué le bouquet de fleurs tropicales qu’ Edouard avait préparé pour
elle, au rang de gadget pour premiers communiants !! Les GAMUS et les
VERNIER étaient arrivés par l’avion précédent, pour embarquer le lendemain sur
le « club med 2 » tout de même
plus recherché pour sa « cantine » que le Terrible !
Le lendemain,
nous nous sommes tous retrouvés au cœur de Fort de France à
« l’impératrice » petit hôtel créole plein de charme, et sommes allés
déjeûner royalement au grand marché aux épices dans un lolo très typique pour
immortaliser l’instant:« chez Geneviève » !!!puis, départ des
copains pour le Vénézuéla et la remontée en pirogue de l’Orénoque !et, pour
nous, succession intense de rencontres étonnantes avec des gens hors du commun,
ponctuées d’apéros à bord ou sur d’autres bord, en prévision de notre départ
reporté à dimanche, en raison d’une très mauvaise météo avec creux de 3m et 35
nœuds.
Je vous écris du mouillage de STE ANNE d’où nous partirons demain matin
pour ST PIERRE. Je pensais mettre notre foie au repos, mais Edouard,
incorrigible « amateur du
sacro-saint apéro », vient de m’annoncer l’arrivée du « supermaramu »
voisin à notre bord ce soir !!! »GOEMONHOUR » (nom du caillou
d’entrée de la baie de Noirmoutier) Encore une belle rencontre en perspective,
qui nous permettra de rêver à ce que nous ne ferons jamais :10 ans de tour
du monde !Ce couple fait partie d’une confrérie internationale :
« les frères de la côte »particulièrement sympathique et nous en
ont longuement parlé!
En attendant , nous goûtons le silence
retrouvé après le tumulte des pontons et le turn-over des grands catas de
locations, envahis par des hordes de jeunes ou moins jeunes, avides de
ti-punchs et de bordées nautiques, impatients de partager leur bonheur le plus
bruyamment possible. Il n’est pas nécessaire de choisir entre notre faim de
progrès techniques et notre soif d’espaces vierges.
La vie en bateau offre
un terrain rêvé pour cette réconciliation
entre l’archaïsme et le futuriste ;au fil de l’eau, se déploie une
existence éternelle au plus près des origines de l’humanité. 0n y renoue avec
les clairs de lune, on se soumet à la doctrine de la mer, sans renoncer aux
bienfaits de la modernité. Avant de partir, nous avons ponctionné dans le grand
magasin de la civilisation, quelques produits indispensables au
bonheur : livres, cigares, rhum :nous en jouirons dans la rudesse des
vérités météorologiques !!!Stendhal disait que : « l’art de la
civilisation consiste à allier les plaisirs les plus délicats à la présence
constante du danger ».
Sur cette minute de
philosophie, je vous laisse à la vie « des villes » et m’en retourne
à la vie « des mers »…apéro oblige !!!!
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